Préservons les zones humides

  • Dernière modification de la publication :27 février 2025
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L'exposition "Si tu laisses vivre l'étang, il disparaît" de Floriane PILON

Dans le cadre de la saison culturelle Wahou! 2024, le Grand Chambord a invité en résidence Floriane PILON, artiste plasticienne, pour travailler sur la biodiversité des milieux humides, plus particulièrement les mares, les étangs et les petites rivières du territoire.
Le résultat de ce travail, l’exposition « Si tu laisses vivre l’étang, il disparaît » est présenté du 12 juillet au dimanche 22 septembre 2024 sur les murs du Pressoir à Saint-Dyé-sur-Loire.
Dans un premier temps, l’artiste a rencontré différents acteurs locaux, des experts, des habitants afin de mieux comprendre les enjeux de ces milieux, recueillir des données scientifiques, des témoignages, puis traduire ensuite ces éléments dans ses œuvres, en deux volets, à la fois documentaires et artistiques.

Floriane utilise très souvent l’argile dans sa pratique.
Pour la réalisation de certaines œuvres de cette exposition, elle a souhaité utiliser la vase directement prélevée d’un étang pour la retranscription de photographies subaquatiques, créant un lien symbolique entre le sujet et le matériau utilisé. Source essentielle de nutriments pour la flore et la faune aquatique, la vase joue un rôle primordial dans le maintien de la biodiversité des milieux humides de Sologne.

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La fragilité des zones humides

Comme le dit Bertrand SAJALOLI, maître de conférences en géographie à l’université d’Orléans,
« Alors que ces territoires de l’eau font partie des écosystèmes les moins bien conservés à l’échelle planétaire, ils contribuent très fortement à la biodiversité, et cela à toutes les échelles et dans tous les domaines biogéographiques. En France métropolitaine, ils accueillent un tiers des espèces animales et végétales recensées sur moins de 2 % du territoire, et 45 % des espèces menacées ; dans le Monde, sur les 19 500 espèces animales et végétales inféodées à l’humide, 25 % sont menacées d’extinction, notamment dans la zone intertropicale.
À cet apport majeur à la biodiversité générale s’ajoutent des biens et services écosystémiques considérables. Championnes de la productivité primaire, les zones humides fournissent en effet une large gamme de produits agricoles et halieutiques assurant la souveraineté alimentaire de nombreuses communautés humaines. Elles jouent également un rôle géochimique et hydrologique déterminant dans l’épuration des eaux de surface, dans l’atténuation des crues et des étiages, dans la régulation du climat en raison de leur capacité à piéger le carbone atmosphérique, ce qui leur a valu, dès les années 1990, d’être considérées comme des «infrastructures naturelles».
Aujourd’hui, on vante l’importance de leurs services écosystémiques et elles constituent des «solutions fondées sur la nature». Enfin, supports d’activités de loisirs et de ressourcement individuel et collectif, les zones humides recouvrent une forte dimension historique et patrimoniale constitutive de l’identité de chaque territoire. Dès lors, la valeur des services écosystémiques des zones humides dépasse celle des zones terrestres. »
Je vous invite à lire, pages 30 à 34, l’intégralité de l’entretien que Bertrand SAJALOLI a accordé aux Cahiers Wahou! #4, il est passionnant.
Profitez-en pour lire l’interview que notre association leur a donnée, dans ce même cahier.

Les étangs de Sologne

Avec 60 000 ha de zones humides sur environ 500 000 ha, la Sologne figure parmi les 87 zones humides d’importance majeure au plan national. Elle dénombre plus de 3000 étangs pour une surface en eau de 12 000 ha.
Or, les étangs de Sologne sont aujourd’hui menacés, notamment par l’envasement et l’avancée de la forêt.
Un étang non entretenu se comble naturellement, la vase envahit progressivement l’espace aquatique et asphyxie la vie.
La vidange des étangs et l’assec qui consiste à le maintenir vide durant presqu’une année et qui permet de minéraliser les vases, sont de moins en moins pratiqués, ainsi que les opérations d’entretien (réfection de digue, curage, entretien de la bonde…). Les étangs se sédimentent et meurent.

Sur les berges, la végétation s’installe naturellement et abrite de nombreuses espèces. Mais, en l’absence d’entretien, les saulaies gagnent du terrain, l’étang « se ferme » au détriment des autres végétations. L’éclaircissement des saules marsault permet donc de maintenir la diversité de la végétation.

Il apparaît aussi nécessaire de réguler la population de certains animaux afin de maintenir une diversité d’espèces.
Ainsi, le Ragondin, originaire d’Amérique du Sud, introduit sur le territoire français vers la fin du 19ème siècle pour l’exploitation de sa fourrure bon marché, s’est finalement retrouvé dans la nature.
Outre le fait qu’il se reproduise abondamment, et qu’il est susceptible de transmettre à l’homme des maladies parfois mortelles, c’est un herbivore qui se nourrit de plantes aquatiques tels les roseaux. Sa forte présence sur un étang favorise la disparition des roselières. Indirectement, il empêche donc la nidification et la reproduction de certains oiseaux ainsi que les frayères pour les poissons. De plus, il creuse des terriers longs de plusieurs mètres dans les berges qui finissent par s’effondrer.
Il est classé comme nuisible, mais ne connaît pas de prédateur en France hormis l’homme, l’introduction d’alligators dans les étangs n’étant pas envisagée.

Quant au Grand Cormoran, présent maintenant depuis une quarantaine d’année en région Centre-Val de Loire, il est fréquent sur les étangs de Sologne. Ses besoins alimentaires quotidiens sont de l’ordre de 400g. Cet oiseau fait partie des espèces protégées au niveau européen et n’a quasiment pas de prédateurs, hormis les rapaces qui s’attaquent aux poussins. «Toutefois, des dérogations de destruction de la sous-espèce continentale (Phalacrocorax carbo sinensis) sont possibles pour la protection de la faune et de la flore, par exemple si la prédation des cormorans nuit au maintien de population d’espèces de poissons « patrimoniales » supposées menacées ou pour prévenir de graves dommages aux piscicultures en étang.»

Aux Grands Coudrays

Aux Grands Coudrays, la préservation de la biodiversité des zones humides passe avant tout par la préservation des habitats actuels : l’étang et les prairies humides dans certaines parcelles ouvertes. Ces différentes mesures de gestion autour de l’étang vont non seulement préserver la faune actuelle, mais également contribuer à maintenir et améliorer le niveau de biodiversité dans les prochaines années.

Trois étapes sont prévues :

  • Le curage de la « poêle » de l’étang sera réalisé l’été 2025, après 12 mois d’assec. Le reste de l’étang restera intact afin de limiter la perturbation des organismes aquatiques, et de faciliter leur retour sur la partie curée. La remise en eau est prévue l’hiver 2025.
    Quelques portions de berges seront réaménagées en pente douce pour favoriser la biodiversité végétale. Sur les rives de l’étang, des saules marsault vont être arrachés pour créer des ouvertures sur l’étang et faciliter ainsi le développement d’herbacées appréciées, en tant que reposoirs ou sites de ponte, de nombreuses espèces d’odonates.
    Quelques branchages et troncs déjà présents dans l’eau pourront être conservés. Ces éléments sont en effet, également, affectionnés par les libellules en tant que supports pour l’éclosion des jeunes individus adultes, pour se réchauffer au soleil ainsi que pour la surveillance de leur territoire de reproduction.

  • Deux ex-clos (enclos où l’on exclut la pénétration d’animaux), seront aménagés fin de l’été 2025 autour de l’île et dans la queue de l’étang. L’objectif est de mettre ces zones entourées de grillages à l’abri des ragondins et des sangliers, pour créer des habitats d’eau peu profonde pour les insectes, ainsi que des lieux de nidification pour les oiseaux nichant au sol (alouettes Lulu, alouettes des champs) présents sur la propriété.

  • Après la remise en eau de l’étang, nous limiterons l’alevinage car les poissons en fouillant la vase, se nourrissent des larves d’odonates et en perturbent le développement.

Ces mesures de réhabilitation devraient redynamiser la biodiversité des habitats, de la flore et de la  faune, de et autour de l’étang et permettre notamment le retour des Amphibiens trop peu présents aujourd’hui.

Sources :
Grand Chambord, le cahier Wahou! #4
Natura 2000 Sologne
LPO

S3-1 étang qui se referme
L'étang se referme.
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Cette publication a un commentaire

  1. Dalibon Marc

    Passionnant sujet.
    J’aime le concept de l’art vecteur d’information et nourri par la matière même de son sujet…
    Et ce que réalise Floriane, d’un point de vue purement artistique, est très beau…

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