Lors de notre balade du 17 mai 2024 avec Christian Gauberville aux Coudrays,
nous sommes passés près d’un peuplier tremble où s’étaient agglutinés des centaines de hannetons.
C’était très impressionnant !
Je me suis aperçue que je connaissais très mal cet insecte à la mauvaise réputation et j’ai décidé d’enquêter
Le hanneton est un insecte qui fait partie de l’ordre des Coléoptères, de la famille des scarabées.
Nocturne, l’adulte mesure entre 1,2 et 3 centimètres de longueur selon les espèces.
Sa couleur va du brun foncé au brun pâle.
Il passe ses journées sur les arbres (de préférence les chênes, les érables, les charmes, les hêtres, les châtaigniers, les fruitiers,…) à grignoter les feuilles.
Il s’envole de préférence au crépuscule, reconnaissable à son vol bruyant, à la recherche d’autres arbres.
Il existe une dizaine d’espèces de hannetons dont deux essentiellement se rencontrent fréquemment en forêt et volent au mois de mai :
le hanneton commun (Melolontha melolontha) et le hanneton forestier (Melolontha hippocastani).
Deux autres espèces très courantes en début d’été, le hanneton de la Saint Jean (Amphimallon solstitialis) et le hanneton des jardins ou hanneton horticole (Phyllopertha horticola) fréquentent plutôt les zones non forestières.








Sa larve ressemble à un gros ver blanc qui ressemble fort à celle de la cétoine dorée, mais alors que la larve du hanneton mange des racines,
la larve de la cétoine se nourrit de débris végétaux et est une alliée du jardinier notamment dans la fabrication du compost.
Le cycle de vie du hanneton commun (Melolontha melolontha) dure normalement trois ans.
Au début de l’été, la femelle s’enfonce à 20 ou 30 cm sous terre pour pondre.
Elle pond entre 25 et 35 œufs. Une deuxième ponte, puis une troisième plus faibles peuvent avoir lieu, puis la femelle meurt.
Trois semaines après environ, les larves naissent. Elles vivent sous terre et mangent des racines.
Elles hibernent deux fois et, avant l’hiver, descendent dans le sol à une profondeur de 30 à 40 cm.
Elles se transforment en nymphes en été et l’imago qui éclot à la fin de cette saison reste encore dans la terre pour hiberner.
Il remontera au printemps pour se reproduire. Ce cycle se reproduit tous les trois ans, les » années à hannetons « .
Au début de cet article, nous étions sous un peuplier tremble où ces hannetons adultes étaient occupés à s’alimenter,
avant de s’envoler au crépuscule.
Nous sommes allés voir cet arbre quelques semaines plus tard, une grande partie de ses feuilles avaient été dévorées.
Les dégâts causés par les hannetons
Hier
Selon les études des naturalistes et les témoignages des chroniqueurs du passé, le nombre des hannetons était en Europe autrefois beaucoup plus élevé qu’aujourd’hui. Ces invasions périodiques de hannetons, étaient considérées comme un véritable fléau. Les enfants des écoles étaient mobilisés pour le « hannetonnage » : battage des arbres au-dessus d’une toile pour ramasser des milliers d’adultes dans les vergers.
En 1764, Jacques-Christophe Valmont de Bomare écrit: « Le nombre des hannetons est si prodigieux, que leurs ennemis ne peuvent suffire pour les exterminer : le meilleur expédient, pour diminuer le nombre de ces insectes, est de battre les arbres avec de longues perches, de balayer les hannetons en tas & de les détruire ensuite : il y a quelques années qu’un certain canton de l’Irlande souffroit tant des hannetons, que les habitans se déterminèrent à mettre le feu à une forêt de plusieurs lieues d’étendue, pour couper la communication avec les cantons qui en étoient infestés. »
Les hannetons furent même excommuniés et attaqués devant les tribunaux comme le relate cet article !
Aujourd’hui,
alors que les pays d’Europe de l’Est (Allemagne, Pologne, Hongrie) sont confrontés à des infestations récurrentes depuis les années 1960, la situation en France semble s’être améliorée dans les 15 dernières années.
Néanmoins, des dégâts importants sont observés dans les forêts de Picardie (Compiègne et Chantilly), des Vosges du Nord et de Haguenau.
Dans ces massifs forestiers, outre le hanneton commun (Melolontha melolontha) on trouve le hanneton forestier (Melolontha hippocastani).
Les adultes provoquent des défoliations spectaculaires tandis que les larves, en se nourrissant des racines des arbres, compromettent les parcelles en régénération , en combinaison avec d’autres facteurs (sécheresse, changements climatiques, etc…).
Suite à ces dégâts, une situation de crise sanitaire a été déclenchée par les services locaux de l’ONF dans ces secteurs, mais les gestionnaires forestiers européens confrontés à ce problème n’ont guère de solutions techniques.
Les traitements insecticides utilisés contre les hannetons adultes qui s’étaient certes avérés efficaces dans les dernières décennies ne sont plus envisageables aujourd’hui. Ils ont créé un déséquilibre écologique préjudiciable à long terme.
Quels moyens pour contrôler ces populations ?
De nombreuses études et des essais ont été menés ces dernières années : champignons dans le sol et nématodes contre les larves, prédateurs naturels : oiseaux et mammifères insectivores (certaines chauve-souris, grenouilles, hérissons, certains reptiles, sangliers, blaireaux,…).
Aujourd’hui, il est nécessaire de réfléchir à une approche de « gestion intégrée des nuisibles » (Integrated pest management, IPM), articulant l’écologie, la biologie, les méthodes de production (sylviculture),… pour lutter contre ces insectes ravageurs.
Pour plus d’informations, nous vous invitons à vous référer aux sources en fin d’article.
Sources :
La grande encyclopédie des insectes, Gründ, 1989
ONF/Une étude du hanneton forestier en forêt de Haguenau
Les rendez-vous techniques de l’ONF
ONF/Hanneton, un envol sous haute surveillance
Gestion forestière intégrée des insectes ravageurs appliquée au hanneton forestier