Restauration de l'étang H1

Restauration de l'étang H2

Restauration de l'étang H3

Restauration de l'étang H4

Restauration de l'étang H5
Restauration de l'étang H6

"Si tu laisses vivre l'étang, il disparaît"

C’était le titre de l’exposition de l’artiste plasticienne Floriane PILON dans le cadre de la saison culturelle Wahou! 2024 organisée par la communauté de communes du Grand Chambord.
Ce titre avait posé question à nombre de visiteurs peu familiers avec l’histoire des étangs de Sologne qui ne sont pas naturels mais tous façonnés à partir du Xe siècle par les mains de l’homme, d’abord des moines, pour assainir et drainer cette terre argilo-sablonneuse propice aux marécages et aux maladies, après le grand déboisement décidé par les Romains quelques siècles plus tôt.

Aujourd’hui, s’il y a plus de 3000 étangs en Sologne, beaucoup ne sont plus pêchés, entretenus et gérés par l’homme.
Lentement les étangs se ferment, mangés par la forêt. Ils s’asphyxient à cause de la matière organique en décomposition. Faute de lumière, la végétation herbacée ne fait plus de photosynthèse, et l’étang redevient marécage. Il se meurt !

Réhabilitation de l'étang

Les étangs sont de formidables réservoirs de biodiversité.
Outre leur capacité d’accueil pour les oiseaux, ces zones humides offrent un habitat de première importance pour la flore, les amphibiens, les invertébrés aquatiques, les insectes…

C’est pourquoi, au printemps 2023, avant même d’avoir créé l’association « Des Racines Et Des Rêves », nous avions pris contact avec Sologne Nature Environnement (SNE), pour faire un état environnemental initial sur la ferme, dit « inventaire zéro ».
Des inventaires concernant plusieurs espèces ont été menés, afin de connaître l’état de santé des différents écosystèmes présents.
Il est vite apparu que la restauration de l’étang était la priorité numéro un.
Le rapport d’Angélique Souriau-Villeger et Clara Ferron, naturalistes chez SNE, était sans équivoque :
« La végétation aquatique y est très rare. Les rives sont peuplées par des ligneux tels que des saules, des aulnes et des chênes, qui ferment cet habitat en interceptant la lumière.
L’inventaire des Odonates a permis d’observer 17 espèces (8 de Zygoptères et 9 d’Anisoptères) dont 2 seulement sont patrimoniales, classées quasi-menacée en Région Centre Val de Loire (Leste sauvage et Leste verdoyant), en lien avec la dégradation de leurs habitats.
Très peu d’Amphibiens (quelques grenouilles seulement). Aucune trace de Tritons, de Salamandre terrestre…
En ce qui concerne la restauration de l’étang, il sera nécessaire de réduire la population de poissons qui, en fouillant la vase, se nourrissent des larves d’Odonates ou en perturbent le développement.
Un curage de l’étang devra être réalisé, en plusieurs phases ;
une première partie pourra être nettoyée, tandis que l’autre restera intacte afin de limiter la perturbation des organismes aquatiques, et de faciliter leur retour sur la partie curée.
Ensuite, les ligneux devront être gérés pour créer des ouvertures sur l’étang et faciliter le développement d’herbacées appréciées, en tant que reposoirs ou sites de ponte, de nombreuses espèces d’Odonates.
Des branchages et troncs déjà présents dans l’eau pourront être conservés.
Ces éléments sont en effet, également, affectionnés par les libellules en tant que supports pour l’éclosion des jeunes individus adultes, pour se réchauffer au soleil ainsi que pour la surveillance de leur territoire de reproduction. »

L’étang des Grands Coudrays n’avait pas été vidé, ni entretenu depuis 1992, soit 34 ans !
Une pêche d’étang a donc eu lieu le 1er février 2024 (voir l’article).
Une bonne gestion d’étang commence en effet par une pêche tous les 4 ou 5 ans, de manière à contrôler la population de poissons.

L’étape suivante consistait à mettre l’étang en « assec » pendant 12 à 18 mois. (L‘assec consiste à vider les étangs artificiels, récupérer le poisson et laisser l’étang à sec durant une période prolongée.)
C’est là que les problèmes ont commencé ! Du fait des fortes pluies continues de l’année 2024, l’étang s’est retrouvé plein à ras bord avec de plus en plus de vase autour de la bonde (70 cm d’épaisseur), qui empêchait de vider l’étang.
Nouvel essai au printemps 2025. Suivant les conseils d’un Solognot, nous avons installé un batardeau devant la grille de la bonde, sorte de barrage destiné à retenir la vase tout en laissant passer l’eau au-dessus. Facile à dire, moins facile à réaliser mais la météo était enfin plus clémente. L’étang commençait véritablement son assec mi- avril 2025, 16 mois après la pêche !
Deux mois plus tard, vers le 15 juin, l’étang ressemblait à une prairie, on avait réussi !

240201 Peche du 1 février 2024
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La mise de l’étang en assec présente de nombreux avantages sur le plan écologique.
Il favorise la minéralisation des vases et génère le développement de nombreux végétaux dont les graines seront consommées par les oiseaux. Il doit être réalisé tous les dix à quinze ans.
L’étang des Grands Coudrays ne compte pas d’espèces à enjeux européens, elles sont toutes communes. Quelques-unes sont caractéristiques des végétations de vases exondées : le Roseau commun (Phragmite), le Plantain aquatique, les Joncs bulbeux et les Joncs des crapauds , les Gnaphales des marais et les Gnaphales blanc-jaunâtre , l’Isnardie des marais , le Scirpe ovoïde et la Lindernie fausse gratiole.
L’assec est également bénéfique à la croissance des herbiers aquatiques lors du remplissage.
Enfin, il permet de réaliser des travaux d’entretien sur la chaussée et les berges (réfection de digue, curage, entretien de la bonde…).

Travaux d'entretien

Les travaux ont été réalisés début septembre 2025 par Fabien LEGOUT, de l’entreprise éponyme LEGOUT TP basée à Lailly en Val. Ils ont duré six jours. Fabien a fait un travail remarquable.
– Curage de la poêle de l’étang qui consiste à retirer les 70 cm de vase qui serviront à colmater les trous sous les berges et redessiner l’île centrale de l’étang en pente douce.

– Coupe et broyage de ligneux qui ferment l’étang pour l’aérer et lui redonner la lumière indispensable pour relancer la photosynthèse de la végétation aquatique.

– Paillage grâce à ce broyat de certaines bordures pour créer de l’humus sur la ripisylve de l’étang.

– Aménagement de certaines berges en pente douce en utilisant l’argile de profondeur pour les consolider, un vrai travail d’artiste plasticien.

Curage de la poêle

Broyage grossier des ligneux en bordure

Broyage fin

Paillage des rives

Façonnage des rives en pente douce

L’aménagement de ces berges favorise la biodiversité végétale.
Les différentes hauteurs d’eau permettent l’implantation d’une végétation herbacée aquatique variée et abondante.
D’autres berges restent intactes afin de limiter la perturbation des organismes aquatiques, et de faciliter leur retour sur la partie curée et aménagée.
La remise en eau est prévue à l’automne 2026, le temps de permettre aux berges de sécher, à l’argile de durcir, à la végétation de se développer et aux racines herbacées de fixer la terre.
Quelques branchages et troncs déjà présents dans l’eau ont été conservés.
Ils sont prisés par les libellules en tant que supports pour l’éclosion des jeunes individus adultes, pour se réchauffer au soleil ainsi que pour la surveillance de leur territoire de reproduction.

Les Odonates sont des marqueurs forts de la biodiversité des zones humides et aquatiques.
Ces insectes dépendent à la fois du milieu aquatique pendant leur développement larvaire et du milieu terrestre à l’état adulte.
Ils sont donc très vulnérables à la dégradation de ces deux types d’habitats.

L’excédent du broyat des ligneux (saules, aulnes principalement) extrait de la ripisylve a été sorti de l’étang et stocké en bordure de la grande prairie en agroforesterie.
Il sera étalé en paillage sur les alignements d’arbres et la haie centrale, pour le bonheur des champignons, bactéries, et vers de terre, pour la construction d’un humus bénéfique aux jeunes arbres plantés en décembre 2023.

Pour finir, la bonde a été consolidée, son fonctionnement validé. Une passerelle en chêne a été aménagée pour y accéder facilement afin de gérer au mieux le niveau d’eau de l’étang.

Aspect de l’étang des Grands Coudrays après réhabilitation :

Gestion des ragondins

Autour de l’étang des Grands Coudrays, vivent de nombreux ragondins.
A raison de 2 portées de 5 ou 6 jeunes par an, ils se reproduisent très vite et génèrent des dégâts importants, aux cultures, à la végétation naturelle (le Ragondin adore les Phragmites, ou Roseau commun des roselières) et surtout aux berges minées par les nombreux terriers.
Le problème, c’est que ce gros rongeur originaire d’Amérique du Sud et importé en Europe pour ses fourrures dans les années 1960 n’a pas de prédateurs naturels.

Afin de protéger la végétation aquatique des dégâts occasionnés par ce rongeur, nous avons prévu d’installer deux ex-clos (enclos d’où l’on exclut la pénétration d’animaux), autour de l’île pour sa flore aquatique et dans la queue de l’étang pour la sauvegarde de la roselière.

L’objectif est de mettre ces zones entourées de grillages à l’abri des ragondins et des sangliers, afin de créer des habitats d’eau peu profonde pour les insectes, ainsi que des lieux de nidification pour les oiseaux nichant au sol (Alouette Lulu, Alouette des champs) ou sur l’eau (Colvert, Foulque macroule, Gallinule poule d’eau, Grèbe).
Courant décembre 2025, avec Damien, nous avons installé le premier ex-clos autour de l’île.
Le second sera créé au printemps 2026 autour de la roselière dans la queue de l’étang quand les phragmites sortiront leurs premières feuilles, avant que les ragondins ne les dévorent !

Toutes ces mesures de réhabilitation devraient redynamiser la biodiversité des habitats, de la flore et de la faune, de et autour de l’étang et permettre notamment le retour des Amphibiens et des Odonates trop peu présents aujourd’hui.
La gestion du ragondin sera l’un des enjeux de la conservation de l’écosystème de cette zone humide, le dispositif « ex-clos » pouvant permettre d’en contrôler l’efficacité à l’échelle de l’étang.