Les milieux naturels présents en Sologne
Sur le site de Natura2000 Sologne, on lit : “Trois types de milieux naturels sont présents en Sologne :
- les milieux « ouverts » constitués par une végétation basse ;
Ces milieux sont constitués par les pelouses, les prairies et les landes. Ils s’opposent aux milieux « fermés », qui correspondent aux milieux forestiers.
En Sologne, ces milieux possédaient traditionnellement une vocation pastorale.
Ils étaient donc très communs avant l’accélération de la déprise agricole durant la seconde moitié du vingtième siècle. En effet, c’est grâce à l’action de l’homme (pâturage et fauchage), que ces milieux restaient des espaces ouverts. Naturellement, ces derniers s’enfrichent et se reboisent pour évoluer vers les milieux forestiers.
La valeur patrimoniale des milieux ouverts est élevée, puisque de nombreuses espèces végétales ou animales vivent uniquement dans ces espaces. - les milieux forestiers caractérisés par une présence importante d’arbres et d’arbustes ;
Ces milieux correspondent aux espaces boisés. La forêt couvre actuellement 52 % du territoire solognot.
Son essor à partir de la seconde moitié du vingtième siècle s’explique par la déprise agricole et l’enfrichement puis le boisement des milieux ouverts. - les milieux humides marqués par la présence indispensable de l’eau (tourbières, marais, étangs, cours d’eau…).
Ces espaces sont caractéristiques de la Sologne.
Avec 60000 ha de zones humides, la Sologne figure parmi les 87 zones humides d’importance majeure au plan national. Avec 12000 ha en eau et plus de 3000 étangs, la Sologne figure parmi les régions humides françaises d’intérêt pour la reproduction, les migrations et le stationnement des oiseaux d’eau.Au même titre que les milieux « ouverts », les milieux humides possèdent une valeur patrimoniale très forte, puisque de nombreuses espèces végétales ou animales vivent uniquement dans ces milieux. »
Les milieux naturels aux Grands Coudrays
On retrouve cette mosaïque de paysages sur la ferme des Grands Coudrays avec la présence de milieux ouverts (prairies, pelouses, landes), de boisements de feuillus et de résineux, de haies anciennes et de zones humides (étang, marais).
Pour les découvrir, rien de mieux que les photos aériennes réalisées en juillet 2024, par Michael Rollin chargé d’études faune et écologie au CDPNE 41, le Comité Départemental de la Protection de la Nature et de l’Environnement.







Le milieu forestier
La première chose qui frappe c’est l’omniprésence du massif forestier autour de la ferme de 28 ha.
A l’ouest, la forêt domaniale de Boulogne qui s’étend sur plus de 4000 ha est composée de chênes sessiles et de pins sylvestres.
Elle est exploitée par l’ONF en futaie régulière – une même essence d’arbres d’âges sensiblement identiques installés dans une parcelle déterminée -.
Sur le cliché, on peut distinguer les zones exploitées à différents stades de maturité des arbres.
Sur la ferme des Grands Coudrays, les taillis sous futaie et les fourrés épineux occupent 35% de la surface.
Ces boisements sont dits mixtes car les feuillus (chênes, bouleaux, châtaigniers, charmes…) cohabitent avec les résineux (pins sylvestres, pins maritimes…).
Sous ces arbres, existe un sous-bois très varié (prunelliers, aubépines, noisetiers, bourdaines, houx, lierres, ronces, mousses, lichens, champignons…).
Cette richesse floristique permet le développement d’une faune diversifiée : insectes, oiseaux, mammifères.
Les arbres, sont gérés en évolution libre, en favorisant la repousse naturelle et en laissant les arbres blessés, sénescents ou morts, sur place, assurant l’habitat d’organismes saproxiliques, et d’insectes saproxylophages, – qui décomposent le bois pour s’en nourrir –.
Certains oiseaux ont une préférence pour les conifères (Mésange huppée, Roitelet huppé), d’autres pour les feuillus (Pics, Sittelle torchepot, Pouillot siffleur) ou encore pour les fourrés épineux (Pie-grièche écorcheur, Chardonneret élégant, Rossignol philomèle).
Concernant les reptiles, les lisières de taillis sont beaucoup plus attractives que les sous-bois car elles leur permettent de se réchauffer au soleil tout en ayant une zone de refuge à proximité en cas de danger.
Les milieux humides
On y trouve l’étang, sa ripisylve, et la jonchaie.
L’étang
L’étang des Grands Coudrays a une superficie de 7500 m2.
N’ayant pas été entretenu depuis 30 ans, il est envasé, asphyxié, se referme et les plantes aquatiques y sont rares.
Or, ces plantes permettent de filtrer et d’oxygéner l’eau de l’étang. Elles servent de refuge, de lieu d’alimentation et de reproduction pour plusieurs espèces animales (amphibiens, libellules).
Les oiseaux piscivores (Héron, Martin-pêcheur) et insectivores (Fauvettes, Hirondelle), certaines chauves-souris, tel le Murin de Daubenton, y trouvent leurs proies de prédilection.
Certains reptiles (Couleuvre) se nourrissent d’amphibiens, de poissons, d’insectes et d’invertébrés aquatiques présents dans l’étang.
Néanmoins, si aucun entretien n’est réalisé, ces milieux sont progressivement envahis par la végétation et se referment.
C’est pourquoi, nous avons entrepris plusieurs actions pour sa réhabilitation, afin de favoriser le développement de la flore et donc de la faune, de et autour de l’étang. Voir l’article « Préservons les zones humides »
La ripisylve
La ripisylve de l’étang, c’est-à-dire la zone étroite de feuillus autour de l’étang, est principalement composée de chênes pédonculés, charmes, hêtres, saules marsault, aulnes et bouleaux.
Le mélange d’essences d’arbres permet d’accueillir une grande diversité d’espèces. Néanmoins, l’éclaircissement des saules marsault qui ont gagné beaucoup de terrain sur l’eau va être entrepris en 2025 pour favoriser la variété de la végétation, notamment aquatique.
Cet habitat est une zone de refuge, d’alimentation, de reproduction, ainsi qu’un corridor écologique – couloir permettant le déplacement de la faune – pour certains oiseaux et reptiles. Par exemple, la Couleuvre à collier, qui affectionne les zones humides, utilise cet habitat pour se déplacer entre l’étang et la prairie.
La jonchaie




La jonchaie – lieu où poussent des joncs – est la partie située à l’est de la queue de l’étang.
Cette parcelle est marécageuse pour plus de la moitié et compte peu d’espèces herbacées. On y trouve essentiellement le Jonc diffus (Juncus effusus).
C’est cependant un biotope très intéressant pour la biodiversité, ces zones à inondations temporaires offrant un habitat essentiel pour de nombreuses espèces protégées d’amphibiens, d’odonates, d’orthoptères et d’oiseaux limicoles –qui vivent et se nourrissent sur les vasières– (Vanneau, Bécasse, Bécassine, Chevalier-cul-blanc, divers échassiers).
Les zones humides sont aussi des écosystèmes à préserver à tout prix. Elles fournissent de nombreux services écologiques : auto épuration de l’eau de ruissellement, régulation des crues.
Les milieux ouverts
Fin juillet 2024, dans le cadre de notre adhésion à la charte Natura 2000 Sologne, nous avons bénéficié d’un diagnostic floristique de ces milieux, pour établir si ceux-ci présentaient un intérêt européen. Ce diagnostic a été établi par Augustin CHENUT, chargé d’études Flore et Habitats au Conservatoire botanique national du Bassin parisien (un service scientifique du Muséum national d’Histoire naturelle), qui en a réalisé la cartographie.
Dans ces parcelles ouvertes, on distingue une grande variété de milieux et d’habitats naturels. Elles représentent 55% de la superficie des Grands Coudrays. On y trouve les prairies, les pelouses et la lande à bruyères.
Les prairies sont des formations végétales dans lesquelles dominent les graminées et les légumineuses.
Les pelouses, plus humides sont des formations végétales herbacées basses avec peu de graminées.
Les prairies








Les prairies post-culturales, ou végétations herbeuses, sont constituées de plantes un peu fourre-tout qui se développent sur sol acide après un abandon de culture. Les agrostides, une graminée post-culturale, vivace et invasive de Sologne présentant une panicule ample et aérienne aux reflets violets, sont typiques des espèces herbacées pionnières. Elles sont accompagnées par des légumineuses vivaces comme le Lotier des marais et son cousin Lotier corniculé, ainsi que par des lamiacées dont la particularité est une tige à section carrée (Brunelle commune, Bétoine officinale, Menthe).
Dans les prairies plus anciennes, des graminées prairiales hautes et spécialisées ont eu le temps de s’implanter , telles la Houlque laineuse et la Flouve odorante dont l’appareil racinaire dégage l’odeur si particulière du foin fraîchement coupé, ou encore la Vulpie queue-de-rat dont la semence très pointue s’incruste dans les chaussettes en piquant les pieds.
Ces prairies anciennes, qu’on ne peut pas encore qualifier de « naturelles », contiennent aussi plus de plantes à fleurs comme les Astéracées (Andryale, Jacobée, Porcelle enracinée, Vergerette du Canada), les campanules (Lobélie bleue), la Renoncule âcre plus connue sous le nom de « bouton d’or », la Digitale pourpre, la Linaire.
Les pelouses

















Ce sont des formations végétales herbacées plus basses, plus clairsemées et contraintes. C’est en effet un milieu soumis à des inondations temporaires où les graminées vivaces ne peuvent pas s’installer.
On y trouve six espèces de joncs, des carex (Laîche des lièvres), les deux lotiers, des millepertuis, les deux rumex les plus courants, la Grande oseille et la Petite oseille reconnaissable à sa feuille en forme de hallebarde.
Sur la zone basse et marécageuse de cette pelouse humide, près du fossé, on peut admirer au printemps l’Iris des marais, la Salicaire commune, l’Achilée sternutatoire et l’Eupatoire chanvrine. Ce sont des espèces de roselière qui abritent de nombreux papillons, libellules et amphibiens.
Sur les zones moins humides, on trouve beaucoup de plantes acidiphiles annuelles à fleurs, la Jasione des montagnes, la Tubéraire à gouttes qui sont typiques de ces pelouses.
Enfin nous avons rencontré une espèce rare en région Centre Val de Loire, l’Ornithope penné (Ornithopus pinnatus) ou Pied-d’oiseau qui est une plante légumineuse, annuelle à fleurs jaunes possédant des gousses très arquées.
La lande à bruyères









Elle se développe sur des terres agricoles laissées à l’abandon.
C’est un milieu ouvert à la végétation basse, au sol pauvre et très acide.
Les espèces de plantes à fleurs y sont moins nombreuses. Les floraisons des deux principales bruyères s’y succèdent, la « bruyère à grelots », dite cendrée (Erica cinerea), et la Callune, la fausse bruyère (Calluna vulgaris) de mi-juin jusqu’à fin septembre.
« Autrefois la Callune faisait le bonheur des apiculteurs en donnant en fin de saison un miel puissant, typé et visqueux. Aujourd’hui, faute d’être broutée par des lapins ou des moutons, elle ne produit plus assez de nectar pour une miellée. » Pierre AUCANTE
Entre la lisière de la forêt et cette lande, c’est le domaine de la bremaille, nom solognot de la Bruyère à balais, arborescente d’environ 2m de haut, et des ajoncs d’Europe.
Importance des habitats naturels en milieu ouvert
Lors de notre inventaire « zéro », Augustin CHENUT, a répertorié 75 espèces différentes de plantes herbacées annuelles, bisannuelles ou vivaces, dont 47 espèces de plantes à fleurs, 14 graminées, 8 légumineuses et 6 espèces de joncs.
Si ces parcelles ne constituent pas des Habitats d’Intérêt Européen -HIE- selon la définition de Natura 2000 Sologne, elles demeurent néanmoins essentielles pour les espèces faunistiques qu’elles accueillent.
Les oiseaux migrateurs y trouvent de la nourriture, ce sont aussi des lieux de nidification pour certaines espèces (Pipit des arbres, Alouette des champs, Alouette lulu…).
Elles sont l’habitat privilégié d’une grande diversité d’insectes et d’amphibiens.
Elles sont des zones de chasse pour de nombreuses espèces de reptiles, ainsi que pour les oiseaux insectivores (Bondrée apivore, Hirondelle rustique, Mésange, Pie-grièche écorcheur) et carnivores (Buse variable, Circaète Jean-le-Blanc, Chouette effraie, Chouette hulotte).
Elles sont donc essentielles, mais comme les étangs, si ces milieux ne sont pas entretenus, ils se referment progressivement et évoluent vers la friche puis la forêt.
En 1950, les bois occupaient 10% de la surface de la ferme (source : Photographies aériennes 1950-1965 des Grands Coudrays ) , le reste était recouvert de cultures et de prairies pour nourrir les animaux de la ferme. Aujourd’hui, plus de 35% de la surface est recouverte de taillis et bosquets.
Si on laisse faire, en 2100, le domaine des grands Coudrays sera complètement recouvert par la forêt et la superbe mosaïque d’habitats naturels aura entièrement disparu au profit du seul massif forestier Solognot, et la composition de la faune en sera profondément affectée.
Ré-ensauvagement et ressources mellifères
L’inventaire « zéro » nous a permis de repérer sur les 28ha de la ferme, les trois parcelles ouvertes en zone naturelle du plus grand intérêt écologique et floristique.
Ce sont la jonchaie dans la zone humide près de l’étang, la petite prairie aux graminées prairiales spécialisées et la pelouse à fort potentiel en plantes acidiphiles annuelles à fleurs qui lui sont accolées.
Sans surprise, elles correspondent aux champs qui sont en déprise agricole les plus anciens, depuis les années 1960.
Nous avons décidé de laisser cette zone de 4,5 ha sans intervention humaine majeure.
L’objectif est de laisser faire la nature se ré-ensauvager pour permettre à des espèces vivantes sauvages de recoloniser ce milieu ayant subi des perturbations écologiques.
Nous observerons, par la poursuite d’inventaires saisonniers à 1 an, 3 ans puis 5 ans, ce qui va se passer.
Pour contenir le reboisement, nous nous réservons le droit de pratiquer une fauche tardive début novembre dite « sympa », quand la nidification au sol est terminée, quand les herbacées sont au bout de leur cycle biologique et ont laissé tomber au sol leurs graines pour une reprise naturelle l’année suivante.
Enfin, en ce qui concerne les autres parcelles (pelouse humide, prairies post-culturales) offrant peu d’intérêt floristique, nous allons les convertir en jachères mellifères (Sarrasin, Moutarde, Phacélie, Lotier corniculé, Colza) avec quelques plantes messicoles (Coquelicot, Bleuet…) pour fournir les ressources nécessaires en pollen et nectar aux pollinisateurs sauvages et à l’Abeille noire de Sologne.
Sources :
– Compte-rendu SNE 2024 amélioration des connaissances sur l’avifaune et les reptiles aux Grands Coudrays, de Nicolas Ruis et Angélique Souriau-Villéger.
Un grand merci à tous ces passionnés qui partagent leurs photos, en particulier à Franck Le Driant , dont je vous invite à visiter le site, FloreAlpes.com.