Avec son plumage brun-rougeâtre, ses moustaches noires bien marquées, sa queue noire, son croupion blanc, et surtout ses ailes blanches et noires avec de jolies plumes bleues striées de noir, le geai des chênes (Garrulus glandarius) est difficile à confondre avec d’autres oiseaux.
Le geai est omnivore. Il se nourrit de petits fruits forestiers, de fruits cultivés, de graines de céréales, de larves d’insectes mais surtout de glands dont il est très friand d’où son nom «geai des chênes» .
Il s’attaque aussi aux nids (œufs et oisillons) des petits oiseaux, la fauvette par exemple.
Une de ses particularités, il fait partie de ces rares oiseaux qui stockent de la nourriture (glands, faines…) pour l’hiver et le printemps.
Début septembre quand les glands mûrissent, le geai commence à faire des provisions en vue de l’hiver.
Il choisit un chêne et se met à cueillir des glands qu’il sélectionne rigoureusement en fonction de leur maturité, de leur taille et de leur qualité, et il veille à ce qu’ils soient exempts de parasites.
Après en avoir ramassé jusqu’à six à la fois dans son bec et le reste au fond de son gosier, le geai parcourt entre 50 mètres et plusieurs kilomètres.
Il cherche des zones ouvertes, une lisière pour les enterrer au pied de buissons épineux comme l’aubépine, le prunellier et les ronces.
Il stocke séparément chaque gland, les espaçant de 50cm à 1m et les enfonce profondément avec son bec dans le sol.
Le geai des chênes pioche dans ces réserves de glands tout au long de l’année, surtout en hiver.
D’avril à août, les surplus de glands germent.
La tige de la pousse apparaît généralement en avril, et en mai la première couronne de feuilles s’est dépliée. C’est en juin justement que les geais se mettent en quête de jeunes plants pour nourrir leurs petits.
Ils ne s’intéressent pas tant au plant lui-même qu’à ses cotylédons, soit les deux premières feuilles grasses qui contiennent les réserves alimentaires de la graine dont la plupart des végétaux ont besoin au cours des premières étapes de leur vie.
Dans le cas du chêne, ça tombe bien, les cotylédons ne sont pas essentiels.
Immédiatement après la germination, un jeune chêne bien exposé à la lumière du jour, met en place un système racinaire avec un très long pivot d’où il tire son énergie en eau et en nutriments du sol.
Ceux-ci, autre particularité végétale, restent dans le sol ; lorsqu’un geai trouve un jeune plant, il tire sur la tige avec son bec de manière à les soulever et à les récupérer pour en nourrir ses petits. Comme la racine pivotante est solide, dans la majorité des cas cette extraction n’est pas synonyme de mort. Les cotylédons sont en quelque sorte la récompense accordée au geai pour son soigneux travail de planteur-reboiseur de chênes.
Étonnamment, les chênes pédonculés et les chênes sessiles, qui peuplent nos forêts solognotes, laissés à leur propre sort, ont énormément de mal à se reproduire.
Un chêne peut atteindre sa trentième année avant de faire ses premiers glands et la plupart seront mangés par des animaux ou finiront tout simplement par pourrir au sol.
Comme elles ont besoin de lumière et d’espace pour se développer, les jeunes pousses qui parviennent à germer sous la canopée de leur parent sont vouées à l’échec.
Par son activité, le geai est de fait le premier reboiseur européen de chênes.
Des études (Alexis Ducousso et Rémy Petit, Forêt-entreprise 97, 1994) ont montré que le geai était à l’origine de la diffusion des espèces de chêne dans toute l’Europe de l’ouest à la fin de la dernière glaciation, il y a 13.000 ans. La reconquête depuis le sud de l’Italie, de l’Espagne et de la Turquie (leurs refuges glaciaires) jusqu’en Scandinavie s’est effectuée en 6000 ans, à raison de 500 m par an.
Cette même étude montre qu’il contribue pour au moins 59% des plantules à la régénération naturelle de l’arbre, un geai des chênes dispersant jusqu’à 5000 glands par an.
Certains scientifiques n’hésitent pas à parler de symbiose à bénéfices réciproques sur le mode « je te disperse mais tu me nourris » entre le geai et le chêne.
Et pourtant, le geai est sur la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD), ex-nuisibles, dans certains départements. Il peut donc être piégé et tiré toute l’année.
Sa mauvaise réputation lui vient du fait qu’il lui arrive de consommer les fruits des vergers et des cultures (maïs) mais aussi qu’il lui arrive de piller les nids de petits passereaux.
Pourtant, nous avons vu que son rôle dans la régénération des forêts est essentiel, et il faut savoir que selon les expériences qui ont été menées, il s’attaque moins aux nids d’autres oiseaux quand les forêts sont épaisses.
Des solutions existent pour minimiser les nuisances qu’il peut occasionner sur les cultures.
Alors, le geai est-il vraiment un nuisible, qui mérite d’être chassé toute l’année ?
Cet article s’appuie en partie sur le livre :
Le réensauvagement de la ferme à Knepp
Isabella TREE
Acte Sud, Domaine du Possible, 2022
qui traite de la restauration de la faune, de la flore et des différents écosystèmes
sur le domaine de KNEPP dans le Sud-Est de l’Angleterre,
en laissant les processus écologiques naturels agir.