2ème sortie nature 2026, à l’affût de la faune sauvage

  • Dernière modification de la publication :2 septembre 2026
  • Temps de lecture :8 mins read
  • Post category:faune / oiseaux / sortie nature
  • Commentaires de la publication :0 commentaire

En cette soirée caniculaire du 19 juin, c’est Alexandre ROUBALAY, responsable du pôle animations de Sologne Nature Environnement, qui allait initier notre groupe de 6 novices aux techniques de l’affût.

Préparation d’un affût

« L’art de l’affût, c’est l’observation directe de la faune sauvage sans la déranger. » disait Robert Hainard, artiste, naturaliste et philosophe suisse (1906–1999) célèbre pour ses longues heures d’affûts nocturnes.

Après avoir étudier la topologie du lieu, détecter l’endroit ou l’animal que l’on souhaite observer va trouver la nourriture la plus appétante à son goût, il faut ensuite sélectionner le meilleur endroit pour installer son affût en tenant compte de nombreux éléments : la luminosité, la position du soleil à l’horizon ; la force et l’orientation du vent.
Choisir également l’itinéraire à suivre pour atteindre et quitter l’affût en laissant le moins d’indices possibles de notre passage et de notre présence à la faune sauvage.
Par exemple, si une biche à une mauvaise vue, elle possède un odorat et des oreilles extraordinaires qui lui permettent de nous repérer à 500m. Quand on se prépare pour un affût, ni douche, ni parfum, ni après-rasage et encore moins d’anti-moustiques.
Les rapaces et autres oiseaux ont, quant à eux, une vue leur permettant en vol de détecter le moindre changement au sol dans une prairie ou en lisière. Attention à bien installer les filets de camouflage sous le feuillage des arbres, cacher son visage, ses mains et toute autre partie pâle comme les cheveux blancs, avec cagoule, chapeau, gants, vêtements de couleur neutre…
Après avoir préparé l’affût, les filets de camouflage, l’appareillage photographique, le sac à dos avec le sécateur pour couper les branches récalcitrantes, les jumelles , la gourde silencieuse non métallique, un sifflet pour signaler notre présence au cas où et enfin la frontale pour ne rien laisser quand on quittera les lieux, on s’installe pour plusieurs heures, alors autant disposer d’un siège confortable.
Bouger le moins possible, attendre, patienter en silence avec humilité, s’immerger petit à petit dans le paysage pour se rapprocher du vivant, avec respect.
Pour Vincent Munier, l’affût «c’est une école du regard où l’on s’efface pour se fondre dans le décor, faire corps avec le vivant et espérer croiser le regard du monde sauvage.»
Voir son dernier film « Le chant des forêts », disponible sur Canal+ jusqu’au 15 décembre 2026.

L’affût

En ce soir de printemps caniculaire, sous une température de encore 30°c à 21h30 , l’attente va être encore plus longue pour les « affûteurs ».
Les animaux tardent à sortir de la forêt qui leur garantit un minimum de fraicheur et la grande prairie des Coudrays est encore trop chaude pour les inviter à venir brouter une herbe déjà très sèche.
Pourtant à partir de 22h, après une bonne heure d’attente, en compagnie des moustiques et de quelques taons suceurs, nous allons vivre à la suite deux moments très forts et rarissimes aux dires d’Alexandre.

Rencontre improbable de renardeaux avec un chaton forestier

Tout a commencé au crépuscule quand tout s’arrête et devient silence, entre le moment où les passereaux cessent de chanter et avant que les chouettes ne se mettent à hululer, soit environ vingt minutes après le coucher du soleil.
Nous avons alors entendu des cris stridents dans le silence jusqu’alors absolu.
Seul, à ce moment-là dans la nuit tombante, chacun d’entre nous avouera plus tard qu’il aurait eu la chair de poule.
Deux renardeaux aboyaient très fort pas très loin de nous, peut-être depuis la queue de l’étang à 150m de notre affût.
Normalement le Renard roux crie pour marquer son territoire ou avertir d’un danger imminent. Mais le miaulement d’un chaton forestier se fit entendre à deux ou trois reprises, suffisamment perceptible pour tenter d’interpréter la scène qui se jouait.

Les deux renardeaux venaient de croiser un chaton forestier. Ils avaient alors décidé de jouer avec lui ou peut-être étaient-ils en train de le malmener sérieusement, de le mordre… Nous ne connaitrons jamais la fin de cette rencontre fortuite au bout de la nuit qui a duré une vingtaine de minutes.

Invisible le jour, on le devine la nuit

Le deuxième moment fort de la soirée allait intervenir un peu plus tard alors que l’obscurité tombait sur la prairie.
Nous avons eu la surprise et la chance d’entendre au loin dans la forêt domaniale de Boulogne voisine, les stridulations d’un Engoulevent d’Europe. Certains comparent son chant très caractéristique, sorte de long ronronnement rauque, audible à 1 km, qu’il émet dès le crépuscule, au bruit d’un Solex.

L’Engoulevent est un oiseau migrateur qui vit en Afrique, et n’est présent en France qu’en été pour la nidification au sol de avril-mai à juillet-août voire septembre.
Ses habitats préférés en Sologne sont les pinèdes ouvertes ayant subi une coupe rase, les landes sèches et les bruyères.
La journée, il se repose au sol, les yeux mi-clos, son plumage lui assurant un mimétisme parfait.

L’Engoulevent est difficile à voir, car c’est à la tombée de la nuit qu’il va chasser les insectes pour se nourrir.

C’est dire l’honneur qu’il nous a fait, quand après un long récital, il est sorti du bois et est venu se poser sur le chemin à 10 mètres de nous.
Sa silhouette «bas de caisse» avec ses petites pattes ne laissait alors aucun doute sur l’identification annoncée bien avant par Alexandre.
Après s’être chauffé le ventre sur les cailloux blancs pendant une quinzaine de minutes, il s’est tourné vers la plaine, a claqué des ailes et s’est envolé, son bec grand ouvert pour gober les gros insectes, en « engoulant » –
avalant- le vent, d’où son nom.

Pour plus d’informations sur l’Engoulevent, consultez le site de la LPO.

Debrief

Nous nous sommes ensuite retrouvés à la ferme pour échanger nos impressions sur ce qui était un baptême d’affût pour la plupart d’entre nous.
Alexandre était très satisfait de cet affût, ponctué par deux moments forts.
D’abord, il n’avait jamais entendu la rencontre de deux renardeaux aboyant sur un chaton forestier, puis, le moment où l’on voit l’Engoulevent se poser à 10m. C’est tellement rare de voir cet oiseau.

Deux moments de « don pur » tel que le définit le philosophe Baptiste Morizot dans son livre « Sur la piste animale », qui désigne ainsi une rencontre fortuite avec un animal sauvage dans la forêt. Nous étions tous très heureux et ressentions une profonde gratitude,

Nous avons continué à échanger un long moment et la soirée s’est terminée tardivement.

Ressenti de quelques "affûteurs"

«Un moment hors du temps posé au calme dans la nature avec de beaux apprentissages et de belles découvertes.»

«L’affût , le premier en ce qui me concerne est une histoire de patience, contemplation, concentration, un moment suspendu dans le temps où tous les sens sont en action, la vue bien sûr, mais aussi l’ouïe (on a entendu plus que vu cette fois ci), l’odorat ; (les odeurs de la nature qui s’endort après une chaude journée) et aussi le toucher, assise pour ma part directement sur le sol, les herbes qui chatouillent, les petites bêtes qui parcourent la peau et les moustiques qui viennent se régaler ! Dans tous les cas une expérience riche et inoubliable. Merci à nos accompagnateurs, et merci aux renards pour ce magnifique concert».

« A l’arrivée, nous faisons partir une buse variable posée sur un des perchoirs à rapaces installés le long des jeunes haies, surpris un renard qui semble avoir ses habitudes dans cette partie de la grande prairie. On s’est installé un peu trop tard, le spectacle avait déjà commencé !
Nous nous installons sous des chênes et tendons nos tissus d’affût avec les indispensable épingles à linge de l’affûteur. Premières installations, quelques minutes se passent, puis chacun peaufine sa position.
L’attente s’installe, nous nous imprégnons de l’ambiance de fin de journée, où le jour décline doucement, mais permet encore une visibilité nette.
Un taon fait le tour de chacun des affûteurs et teste nos réactions. Mais le terrain n’est pas favorable pour lui. En revanche les moustiques eux aussi sont à l’affût…
Pas d’autre renard en vue pour le moment. Les parfums du début de soirée commencent à s’élever de la terre après cette journée à 39 °c.
22h30, un ronronnement rauque se fait plus insistant. Nous sommes en Sologne, l’Engoulevent d’Europe n’est pas loin dans la forêt.
Quelques minutes plus tard, des cris stridents, trop aigus pour du chevreuil. Un terrier de renard n’est pas loin. Mais nous ne verrons rien. Les sons apportent cela en plus qu’ils permettent l’imagination.
Là, ce sont sans doute des jeunes dans une joute d’apprentissage. Mais sur quoi s’excitent-ils donc ? Un miaulement fragile semble appeler un congénère. Un chaton sauvage serait-il perdu ? Les renard-eaux y seraient-ils pour quelque chose ?
La prochaine fois, je prendrai une chaise…»

Retrouvez ici l’article publié par la Nouvelle République sur cette sortie.

Laisser un commentaire