3ème sortie nature à la ferme des Grands Coudrays

  • Dernière modification de la publication :26 septembre 2025
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À la découverte des indices de vie sauvage

Samedi 13 septembre, la ferme des Grands Coudrays a de nouveau accueilli un petit groupe d’amoureux de la nature pour la troisième et dernière sortie de la saison.
Les participants se sont retrouvés à 14h pour explorer, cette fois-ci, la richesse de la faune, de la flore et des habitats naturels de la ferme des Grands Coudrays, guidés par Christian Gauberville, ancien ingénieur forestier, expert en écologie forestière. Véritable passionné, Christian a su lors de cette sortie faire parler le paysage et dévoiler les nombreux indices que le vivant laisse derrière lui.

 Traces et empreintes : les habitants discrets de l’étang

Dès le départ, rendez-vous autour de l’étang en assec depuis 18 mois, qui a été curé et dont les berges ont été refaçonnées en pente douce début septembre avec un mélange d’argile et de vase minéralisée.
L’endroit est idéal pour découvrir les empreintes de pattes toutes fraîches, témoin d’une vie nocturne animée autour de l’étang : celles de sangliers, reconnaissables à leurs deux ongles avant et deux ergots à l’arrière; celles fines et ouvertes des biches, ou plus arrondies et plus profondes des cerfs; celles encore de ragondins, et même d’un probable chat forestier – preuve rare et surprenante d’une présence féline loin des habitations -, (la première ferme étant à plus de 600mètres, il nous semble peu probable qu’un chat nourri tous les jours s’aventure aussi loin de chez lui) .

Cliquez sur les photos pour les voir en grand.

Oiseaux, insectes et bois mort : les alliés de la biodiversité

Au fil de la balade, les oreilles se sont tendues vers les chants des corneilles, pigeons ramiers, sittelles torchepot et rouges-gorges. En fin d’après-midi, nous avons eu la joie d’entendre chanter et de voir à la cime d’un épicéa la Grive draine, la plus grosse des grives présentes en France, ainsi qu’une bruyante colonie d’Hirondelles de fenêtre en départ pour l’Afrique, venue faire un petit repas d’insectes en rase-mottes au-dessus de la grande prairie.
Plus loin, un tronc mort grossièrement déchiqueté par un pic noir, à la recherche de larves et de fourmis charpentières attire  notre attention.
À la question d’un participant demandant si un pic épeiche ne pourrait pas avoir effectué ce travail, Christian répond négativement, celui-ci ne s’attaquant pas au bois couché. 
Christian rappelle à cette occasion l’importance de laisser un peu de bois mort dans son jardin : refuge pour les insectes décomposeurs, il nourrit ensuite champignons, bactéries, et tout un cortège de la microfaune.
En lisière de la forêt domaniale de Boulogne, un Géotrupe des bois, un bousier noir avec de très beaux reflets bleus sur sa carapace et sous son ventre. C’est un bousier qui ne promène pas sa boule de crottin, mais creuse ses galeries de ponte sous les excréments des gros mammifères forestiers.

traces pic noir
Géotrupe des bois leg
Géotrupe des bois dessous

Le geai, grand reboiseur de nos forêts

 Au détour d’une prairie, Christian nous rappelle le rôle méconnu d’un oiseau bien présent dans nos campagnes : le geai des chênes.
À l’automne, il récolte des centaines de glands qu’il cache un peu partout dans le sol pour se constituer des réserves pour l’hiver. Mais il en oublie une partie : ces glands germent et donnent naissance à de jeunes chênes.
De proche en proche, à partir d’une lisière, la forêt gagne ainsi 10 à 15 mètres par an grâce à ces oiseaux jardiniers.
Si l’on cessait toute intervention humaine sur une prairie, en vingt ou trente ans elle serait déjà envahie de jeunes chênes, et en un siècle, transformée en forêt dense !
« Le plus grand planteur de chênes de France, c’est le geai ! » résume Christian, amusé, mais soucieux de montrer combien chaque espèce, même la plus commune, joue un rôle essentiel dans l’équilibre des milieux.

Arbres et arbustes rencontrés

Au fil de la promenade, notre groupe a pu observer de nombreuses essences qui composent le paysage solognot.
Chênes sessiles ou pédonculés, bouleaux verruqueux ou pubescents, noisetiers, charmes et jeunes saules montrent la diversité de la flore locale. Les conifères, souvent plantés par l’homme, étaient aussi au rendez-vous : pins sylvestres reconnaissables à leur tronc saumoné, pins maritimes, très hauts aux longues aiguilles, ou encore pins laricios venus de Corse, droits et gris.
Christian rappelle à cette occasion que les épicéas, eux, ne sont pas adaptés à la plaine; introduits en dehors de leur habitat montagnard, ils souffrent de la chaleur et du manque d’eau, accentués par le changement climatique.
Deux anecdotes botaniques ont particulièrement marqué la sortie.
La première concerne le peuplier tremble. Ses feuilles, fixées à un pétiole aplati dans deux directions différentes à sa base et au niveau du limbe implique une torsion des feuilles qui se mettent à vibrer au moindre souffle d’air, produisant un bruissement caractéristique qui lui a donné son nom.
La seconde met en lumière les différentes bruyères : la Calluna vulgaris, dite « fausse bruyère », aux pétales séparés et aux feuilles en écailles, et l’Erica cinerea, ou bruyère cendrée, dont les fleurs en clochettes soudées tombantes se distinguent nettement. Les deux sont très prisées par les abeilles.
Ces nuances, visibles sur le terrain et appuyées par des photos comparatives, ont permis aux participants de mieux saisir la richesse et la subtilité de la flore locale.

Quand la forêt reprend ses droits : étude d’une ancienne parcelle cultivée

 Un autre temps fort de l’après-midi fut la découverte d’une parcelle laissée à l’abandon depuis près de cinquante ans.
Autrefois cultivée en maïs, organisée en planches pour évacuer l’eau, puis pâturée par des vaches et amendée régulièrement de fumier, elle est aujourd’hui méconnaissable.
Une végétation arbustive a tout recouvert, au point que la parcelle est désormais fermée et quasiment impénétrable.
En s’y arrêtant, Christian invite le groupe à observer les signes du passé : les anciennes planches de culture encore visibles au sol, et surtout la différence de composition des terres. Ici, le sol est toujours enrichi en phosphore et en potassium, héritage des amendements agricoles de nos aïeux. Résultat : le sol est moins acide, la matière organique s’y décompose beaucoup plus rapidement que dans une forêt ancienne, et il n’y a pas ou très peu de litière forestière.
Sur ce terrain, la succession végétale se lit comme dans un livre : d’abord les pionnières épineuses comme les ronces et pruneliers, vite suivies par les bouleaux, saules, noisetiers et jeunes chênes, avides de lumière. Puis, au fur et à mesure que le taillis se densifie, arrivent les espèces d’ombre et mi-ombre comme les hêtres et les charmes.
Ce processus montre que la forêt n’est pas figée : elle avance par étapes, chaque strate préparant la suivante.
Christian nous invite à comparer cette parcelle avec la forêt domaniale de Boulogne voisine, jamais cultivée depuis le Moyen Âge. Le sous-sol y est bien plus acide, pauvre en vers de terre, et la litière de feuilles se décompose extrêmement lentement. Le sol y est sombre, riche en litière forestière.
La comparaison entre ces deux milieux illustre parfaitement comment l’histoire humaine – culture, élevage, exploitation – continue de marquer durablement les paysages, même plusieurs générations plus tard.

Les habitants des sous-bois

La balade nous a également permis de découvrir en lisière de forêt , au sortir d’une « coulée de grandes pattes », nom donnés aux cervidés en Sologne, des petits charmes « bonsaïs naturels », tout rabougris car régulièrement broutés par les biches et cerfs. Difficile d’imaginer que certains peuvent avoir 50 ans !
Les cervidés laissent eux aussi leurs indices. Cerfs et biches arrachent grossièrement branches et bourgeons, tandis que les chevreuils, plus délicats, picorent feuille après feuille, bourgeon après bourgeon.
Si le cerf vit en harde sur de grandes surfaces, le chevreuil est quant à lui territorial, et évolue sur un terrain beaucoup plus petit. Savez-vous qu’il peut aboyer comme un chien lorsqu’il est dérangé !
Les sangliers, eux, profitent des pluies de fin d’été pour fouiller prairies et bas-côtés des chemins à la recherche de vers et de larves de coléoptères, notamment de hannetons, accentuant leur impact destructeur sur les paysages.

Une promenade qui ouvre les yeux

Cette sortie fut l’occasion d’apprendre que chaque arbre, chaque trace, chaque chant ou chaque sol raconte l’histoire d’un milieu et de son évolution. Comme l’a rappelé Christian, la biodiversité se lit partout, pour peu que l’on sache observer.
Les participants sont repartis enrichis de connaissances et d’anecdotes, mais surtout avec une envie renforcée de protéger ces écosystèmes précieux.

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