Mercredi 12 juin 2024, à 7h du matin, nous sommes sept pour profiter de la première balade sonore à l’écoute des oiseaux organisée par l’association «Des Racines et des Rêves».
Notre animateur Nicolas RUIS, en formation naturaliste-ornithologue, effectue actuellement un service civique chez Sologne Nature Environnement, association qui nous accompagne depuis deux ans pour dynamiser l’hospitalité active de la vie sauvage et de la biodiversité sur la ferme des Grands Coudrays.
Les inventaires multiples mis en place depuis 2023 nous ont permis de faire un diagnostic de départ sur la flore et la faune présentes.
Grâce à une mosaïque de milieux et d’habitats très variés sur le domaine, la faune est importante et riche en diversité.
La forêt domaniale de Boulogne voisine avec ses grands chênes sessiles matures, les taillis buissonnants, les broussailles épineuses, les haies sauvages, les nombreuse parcelles ouvertes non cultivées, la grande prairie permanente menée en agroforesterie, et les zones humides composées d’un étang, d’une saulaie naturelle, et d’une prairie humide non fauchée offrent le gîte et le couvert à une grande variété d’oiseaux, d’insectes, de reptiles, d’amphibiens, de chauves-souris et autres mammifères.
Ce matin, ce sont les oiseaux qui vont capter toute notre attention.
Les quatre points d’écoute de dix minutes chacun, choisis par Nicolas pour leur habitat particulier, un dans la grande forêt, le second le long d’une vieille haie sauvage, le troisième dans la queue de l’étang et le dernier dans la grande prairie, vont nous permettre d’entendre, et parfois de voir, 25 espèces d’oiseaux, appartenant pour la plupart à la famille des passereaux qui regroupe plus de la moitié des espèces sédentaires et saisonnières de l’avifaune de la région Centre Val De Loire (CVDL).










Les passereaux
Lors de ces écoutes, Nicolas nous a fait remarquer deux espèces patrimoniales
– Une espèce patrimoniale est une espèce protégée et/ou menacée en région Centre-Val de Loire – qui sont sur la Liste Rouge Régionale (LRR) des oiseaux nicheurs de la région Centre Val de Loire : le Pouillot de Bonelli (Phylloscopus bonelli) encore plus vif que son cousin le Pouillot véloce et le Pouillot siffleur (Phylloscopus sibilatrix), entièrement forestier, plus grand et classé vulnérable sur la liste rouge de notre région. Les deux nichent au sol dans les buissons et se nourrissent d’insectes et de larves.
Autre passereau lui non menacé, le Rossignol philomèle (Luscinia megarhynchos).
Impossible d’ignorer sa présence surtout la nuit au printemps quand il vous empêche de dormir. Le rossignol peut chanter en continu pendant 20 heures !
« Il est connu pour son chant, qui est un des plus mélodieux mais aussi des plus complexes, on dit qu’il chante, quiritte ou trille, de jour comme de nuit. Il a fasciné les chercheurs qui ont dénombré entre 120 et 260 séquences différentes, elles durent en général de 2 à 4 secondes. Le jeune mâle apprend à chanter en écoutant les plus expérimentés et marque ainsi son territoire, ou tente de séduire les femelles. Dès qu’ils sont appariés, les mâles s’arrêtent généralement de chanter la nuit. Ceci laisse supposer que le célèbre chant nocturne sert avant tout à attirer les femelles. » Source Wikipédia
Son déclin dans nos campagnes est lié à celui des taillis et des broussailles dans lesquelles il fait son nid à 50cm du sol. Il se nourrit d’invertébrés et surtout d’insectes. Il adore les coléoptères (scarabées, coccinelles, charançons,…).
Autre passereau entendu ce matin-là, le Loriot d’Europe (Oriolus oriolus). De la taille du merle mais avec un plumage jaune d’or, on entend beaucoup plus son chant flûté, remarquablement clair et mélodieux, qu’on ne le voit.
Il est très farouche et fréquente la canopée des futaies de vieux arbres à feuilles caduques.
D’autres espèces
Bien que les passereaux représentent la majorité des oiseaux de notre région Centre-Val de Loire , nous avons aussi entendu d’autres espèces.
Parmi elles les pics qui tapaient, et cognaient comme des dingues, le tronc et les branches malades des grands chênes sénescents autour de l’étang, le Pic épeiche (Dendrocopos major), le Pic noir (Dryocopus martius) , espèce patrimoniale menacée, présente sur la Liste Rouge des oiseaux nicheurs de France et le Pic vert (Picus viridis).
Dernier don de la nature, nous avons eu la chance de contempler le vol d’un couple de bondrées apivores, l’une derrière l’autre sous la canopée des chênes dans la queue de l’étang.
La Bondrée apivore (Pernis apivorus) est un rapace diurne de taille moyenne, très semblable à la Buse variable.
L’adulte présente une petite tête qui peut faire penser à celle d’un pigeon.
En vol, la silhouette paraît souvent légère, du fait d’une queue longue (au moins aussi longue que la largeur de l’aile), de la petite tête portée bien en avant, et du mouvement des ailes généralement lent et ample. L’une des attitudes les plus caractéristiques de la Bondrée est un long vol plané, avec de temps en temps un coup d’aile très profond vers le bas.
Cet été, nous avons vu plusieurs fois des Bondrées apivores aux Grands Coudrays. Elles y trouvent leurs deux types d’habitats privilégiés, le milieu forestier feuillu mature pour la nidification et les espaces ouverts pour la chasse aux insectes essentiellement (guêpes, bourdons, abeilles…). Ses serres lui permettent de creuser la terre meuble afin de déterrer les nids d’hyménoptères, les guêpes surtout, préalablement repérés depuis un poste d’affût.
Pour favoriser son implantation, nous allons installer des perchoirs à rapaces dans la grande prairie.
Bien que la Bondrée apivore ne semble pas avoir connu de régression de ses effectifs aussi importante que les autres rapaces, elle fait aussi partie des espèces patrimoniales inscrites sur la directive européenne dite Directive Oiseaux .





Au cours de cette balade sonore avec Nicolas, nous avons tous été fascinés par sa compétence à reconnaître les différentes espèces entendues selon leurs cris ou chants.
Lors de la balade avec Christian Gauberville, nous avions déjà éprouvé cette même admiration, car pour les néophytes comme nous, cela constitue un exploit.
Quand on interroge nos amis ornithologues, Nicolas répond qu’il faut prendre le temps de bien les écouter, de s’entraîner en identifiant les espèces peu à peu, qu’il est plus facile de mémoriser le chant d’un oiseau qu’on a sous les yeux.
Christian nous conseille de nous concentrer sur la mélodie, mais aussi sur son rythme, les répétitions, la puissance, la force ou la discrétion des sons émis, de traduire ces phrases musicales en syllabes, par exemple le « tsip tsap tsip tsap…. » du Pouillot véloce.
Si vous voulez vous exercer, voici des enregistrements extraits du site xeno-canto de différents oiseaux entendus lors de cette balade.
Pouillot de Bonelli
© Peter Boesman XC270111
Pouillot siffleur
© Quentin Giraud XC642292
Rossignol philomèle
© Olivier Swift XC344395
Loriot d'Europe
© Dominique Guillerme XC802895
Pic epeiche
© François Guilbert XC781186
Pic noir
© Ilkka Heiskanen XC213356
Pic vert
© Martin Billard XC927449
Bondrée apivore
© Bernard Bousquet XC328273
Plusieurs applications de reconnaissance des chants d’oiseaux peuvent aussi nous aider, même si il ne faut pas s’y fier aveuglément.
Si vous avez envie de vous essayer à cette activité, jetez un coup d’œil sur ce site, qui présente une démarche intéressante, outre qu’il propose le chant d’oiseaux de nombreuses espèces.
Pour terminer cette balade, nous nous sommes retrouvés autour d’un petit déjeuner convivial, pour un moment d’échanges avec Nicolas au sujet des différents oiseaux entendus, de la biodiversité présente aux Grands Coudrays et du bonheur de la fréquenter et de la partager avec amis et habitants du territoire.
Sources :
LPO/ Conservatoire des rapaces
Merci pour la description de cette superbe balade à l’écoute des oiseaux aux Grands Coudrays en compagnie de Nicolas, oreille attentive et incroyablement perspicace. Elle nous permet de refaire le cheminement et se remémorer cette si belle et si paisible ambiance…
Merci Marc.
Lorsque j’étais pitchoun (j’ai aujourd’hui 66 ans), le maître nous donnait des « bons points » lorsque nous répondions correctement; je me suis ainsi fait une petite collection d’images d’oiseaux, qui a accompagné mon enfance; cette balade à l’écoute des oiseaux me fait ainsi l’effet d’une madeleine de Proust, sublimée par l’enregistrement du chant des oiseaux qui accompagne leur descriptif.
Le renvoi au site « www.instinct-animal.fr » à la découverte des oiseaux du jardin est aussi un vrai plus.
Merci pour cette balade, qui est aussi une ballade à sa façon.