Vendredi 8 mars 2024, Élie et Marie-Anne ont eu la chance d’accueillir Christian Gauberville aux Grands Coudrays dans le cadre du projet Des Racines et des Rêves.
Christian est le grand-père d’un des élèves de Crouy-sur-Cosson venus planter les arbres fin décembre 2023.
Maintenant retraité, ancien conseiller au Centre national de la propriété forestière (CNPF) pour l’Ile-de-France et le Centre-Val de Loire, puis ingénieur à l’Institut pour le développement forestier (CNPF-IDF), c’est un spécialiste de botanique et d’écologie forestière. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dans ce domaine. C’est aussi un amoureux des oiseaux.
Au cours des quelques heures que nous avons passées avec lui, nous sommes tombés sous le charme de cet homme accessible, passionné et passionnant, qui nous a fait voyager dans le temps.
Oui dans le temps, vous avez bien lu ! Car se promener en forêt avec Christian, c’est découvrir le passé, le présent mais aussi réfléchir à notre projet pour ce petit bout de nature que nous avons arpenté ensemble.
Différences des deux forêts
C’est ainsi qu’en longeant la grande prairie des Grands Coudrays, nous avons pu observer la différence entre deux forêts, qui peuvent sembler similaires au premier regard. Et pourtant, leurs histoires diffèrent.
À L’ouest de la grande prairie des Grands Coudrays, une parcelle de forêt jouxte en effet la forêt domaniale de Boulogne. Seul un saut-de-loup ou ha-ha, sorte de fossé qui délimite traditionnellement la forêt domaniale des forêts privées voisines, les sépare.
La forêt de Boulogne est installée depuis le XIIIe siècle. Elle est gérée par l’ONF en futaie régulière pour l’exploitation de son bois.
Guidés par les remarques de Christian, les différences entre les deux parcelles nous apparaissent clairement.
En forêt de Boulogne, on trouve essentiellement des chênes sessiles et des pins sylvestres ; Peu d’espèces arbustives et buissonnantes sous l’ombre de ces grands chênes qui captent toute la lumière.
A l’inverse, notre parcelle, ancienne terre agricole, n’a été colonisée par la forêt que depuis une cinquantaine d’années.
Aujourd’hui, ce fourré impénétrable se compose d’une végétation, formée de lisières herbacées et de manteaux arbustifs, espèces pionnières broussailleuses et épineuses comme le prunellier, l’aubépine, la ronce et d’une foultitude d’essences de lumière variées comme le bouleau, le tremble, le poirier commun, l’alisier torminal, le pommier sauvage, le sorbier des oiseleurs, le sureau noir, des cépées de charmes et châtaigniers et enfin des chênes, semés là grâce à la gourmandise des geais , qui annoncent les prémices d’un vrai taillis sous futaie et de son ambiance forestière d’ici cinquante ans.
La vie du sol
Mais la différence essentielle entre les deux types de forêt se passe sous nos pieds.
En grattant avec son couteau le sol de l’ancienne parcelle agricole, Christian nous fait remarquer les feuilles bien décomposées, ceci grâce au travail des vers de terre dont témoignent les nombreux turricules.
En portant le regard, quelques mètres plus loin, de l’autre côté du fameux saut-de-loup, nous pouvons observer des feuilles séchées en décomposition beaucoup moins avancée, et pas de trace de vers de terre. On y observe aussi de la mousse et autres plantes témoignant de l’acidité du sol, plantes absentes de notre parcelle.
Le pH de cette dernière est plus élevé que celui de la parcelle de forêt domaniale installée sur le sol initial naturel de Sologne, qui est très acide.
Cela est dû à son passé agricole, le sol ayant été longtemps amendé (fumier, bouses de vache).
Des scientifiques de l’INRAE de Nancy ont montré que le passé agricole des sols s’inscrit sur le très long terme. On peut en détecter la présence encore 2 000 ans après, en particulier par les taux de phosphore supérieurs à ceux des parcelles restées en forêt.
Traces de vie
Après ce bond dans un passé lointain, Christian nous guide sur les traces d’un passé beaucoup plus récent.
Sur les troncs de certains arbres, on remarque que l’écorce est par endroit abîmée, comme râpée, sans doute des cerfs ou des chevreuils qui s’y sont frottés pour enlever le velours de leurs bois.
Plus loin des branches cassées, le feuillage entamé par les broutages de cervidés, des déjections, des empreintes de sabots, et là encore des sentes et une bauge toute fraîche qui sont autant de signes de la présence des grands animaux, pourtant invisibles dans la forêt.
D’autres arbres morts, allongés au sol, ont leur écorce déchiquetée, signe du repas d’un pic épeiche qui s’est régalé d’insectes xylophages.
Une bécasse des bois, que nous avons dérangée, s’envole précipitamment ! Et nous voici à la recherche d’une fiente “miroir” qu’elle aurait laissée sur les feuilles mortes, lors de sa fuite.
C’est toute une vie secrète que Christian nous révèle.
Et maintenant ?
À la fin de cette balade riche en découvertes, nous évoquons avec lui, le devenir des Grands Coudrays.
Quelle gestion écologique forestière appliquer à ses parcelles boisées?
S’ il faut élaguer légèrement quelques arbres pour assurer la sécurité des promeneurs, les arbres et bois morts (chablis, volis, chandelles, branches mortes sur arbre vivant…) doivent être laissés en place. Ce sont des lieux de vie essentiels dans l’écosystème de la forêt, pour les coléoptères xylophages, les champignons saprophytes décomposeurs de bois et de litières, les pics-épeiches et des millions d’êtres vivants de la microfaune du sol.
Vie et mort y voisinent dans la plus grande osmose.
Entre la forêt de Boulogne et la grande prairie, cette jeune forêt est un vrai paradis pour les insectes pollinisateurs sauvages, l’abeille noire de Sologne et les les oiseaux de notre territoire dont certains menacés comme la pie-grièche écorcheur, ainsi nommée car elle enfourche les insectes sur des épines de prunellier pour les déguster plus tard.
La broussaille épineuse émergente n’est pas une friche. C’est l’habitat idéal pour dynamiser la biodiversité végétale et animale. Ainsi, il est urgent de ne rien faire et de laisser la nature reprendre le dessus, le temps permettant tout les ajustements.
Pour Christian, la forêt il faut l’écouter, l’admirer, l’observer, l’aimer, et surtout la laisser tranquille, adepte en ceci de François TERRASSON « Si vous aimez la nature, foutez-lui la paix ! »











d'insectes xylophages par un pic-épeiche
d'insectes xylophages
par un pic-épeiche
sur arbre affaibli
hébergeant
de nombreux hôtes
Ha-ha, merci pour cette balade poétique en forêt;
Un saut-de-loup et nous voilà proche des lisières herbacées, au milieu des manteaux arbustifs, à chercher l’alisier terminal ou le sureau noir.
Ici le chablis n’est pas raisin, la chandelle est éteinte et la fiente prend le doux nom de miroir;
Au sol, les champignons saprophytes travaillent en silence, comme les vers de terre et leur dépôt de turricule;
En levant les yeux, le promeneur attentif perçoit la présence du geai des chênes, ou autre pic-épeiche, sans évoquer la pie-grièche écorcheur…
Merci encore, pour ce voyage en terre si peu connue.
François
Merci pour ce commentaire ! Te voici poète à ton tour, à bientôt pour partager un ver-re de Chablis, si la grêle n’a pas tout détruit 😉
Cc les amis
On apprend toujours en vs lisant!
En proposant un autre regard sur les bois vs enrichissez nos promenades ds les bois bretons.
Au fait bois ou forêt ?
Des bises à tous.
Marif