Balade à la découverte du vivant

  • Dernière modification de la publication :27 février 2025
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Baptiste MORIZOT écrit dans « Manières d’être vivant » :
«C’est peut-être un invariant de la rencontre animale : Quand on croise un animal sauvage par hasard dans la forêt, une biche qui lève les yeux vers soi, on a l’impression d’un don, un don très particulier, sans intention de donner, sans possibilité de se l’approprier. C’est ce qu’on appelle un don pur :
personne n’a voulu donner, personne n’a rien perdu en donnant, le don ne vous appartient pas, il pourra se donner à d’autres. On sent monter dedans une improbable gratitude. Juste l’envie de rendre grâce pour cet imprévu aussi beau qui en cet instant existe et qui se donne aux yeux.»

C’est ce que nous avons vécu avec ce nouvel après-midi partagé avec Christian GAUBERVILLE (voir article précédent), spécialiste de botanique et d’écologie forestière, le 18 mai dernier.

Guidés par la passion et l’enthousiasme de Christian, nous avons découvert ensemble toutes ces manières d’être vivants abrités au cœur des Grands Coudrays. Et la grâce a opéré non seulement avec les animaux mais aussi avec les végétaux.

Les plantes, bien qu’immobiles et silencieuses, possèdent une richesse immense.
Parmi les espèces observées, deux types de chênes sont présents en Sologne : les Chênes pédonculés (Quercus robur) et les Chênes sessiles (Quercus petraea).

Pour différencier ces deux variétés, le plus simple est d’observer leurs glands. Séparés les uns des autres et reliés au rameau par un long pédoncule pour le chêne pédonculé, regroupés en amas, directement sur le rameau pour le Chêne sessile. En l’absence de glands, on observera les feuilles, et cette fois, la feuille du Chêne pédonculé a un court pétiole (4 à 8 mm), et celle du Chêne sessile un pétiole un peu plus long (13 à 17 mm). Si vous voulez devenir experts dans la reconnaissance de ces deux espèces, rendez vous sur ce site.

L’Alisier torminal (Sorbus torminalis) est aussi une espèce d’arbres présente sur la ferme des Grands Coudrays.
Il est connu pour sa capacité à s’adapter à différents types de sols. Il est dit mésophyle . Il peut se contenter de milieux assez secs. Il accepte les sols humides, à condition que l’engorgement temporaire ne soit pas trop important, illustrant encore une fois comment certaines espèces s’épanouissent dans des conditions particulières, favorisant ainsi la biodiversité.

Les mésophytes ou plantes mésophiles sont les plantes terrestres adaptées à un environnement ni particulièrement sec, ni particulièrement humide.

Nous avons aussi pu découvrir des Mousses et des Lichens.
Aux yeux du néophytes, ils peuvent sembler similaires mais leur différence est immense.

Les Mousses sont des plantes non vasculaires qui prospèrent dans des environnements humides, tandis que les Lichens sont des associations symbiotiques entre un champignon et une algue appelé aussi cyanobactérie.
« Les lichens peuvent avoir différentes morphologies, en fonction du substrat sur lequel ils croissent.
Ils peuvent d’ailleurs être retrouvés dans presque tous les milieux, arbres, roche, sur le sol et même sur des bâtiments. Ils ont une croissance très lente et peuvent temporairement arrêter leur croissance si les conditions ne sont pas adéquates, pendant l’hiver ou lors d’une dessiccation par exemple.
Ils ont la capacité de résister à de fortes sécheresses et peuvent aussi se réhydrater, lorsque l’humidité revient.
Tout comme le Lichen, la Mousse peut pousser sur toutes sortes de substrats.
Beaucoup d’espèces de Lichen sont pionnières, c’est-à-dire qu’elles ont la capacité de coloniser des milieux extrêmes, suite à un feu par exemple, pour être rapidement suivi des Mousses.
Ces deux organismes vont produire de la matière organique et permettre à d’autres espèces de s’établir.
Ces deux organismes, aussi petits qu’ils soient, ont une grande importance dans la biodiversité des milieux. Ils sont sur Terre depuis des millions d’années, le plus vieux fossile de lichen datant du Dévonien, soit il y 400 millions d’années. C’est la preuve que ce sont des organismes qui ont su s’adapter, et le feront encore dans les années à venir. » Source Stéphanie Bentz, biologiste.

Les modalités de faire de ces organismes, notamment en matière d’adaptation et de survie dans des conditions difficiles, sont un témoignage de leur importante résilience et aussi de la diversité des manières de faire du vivant.

Plus loin dans notre balade, Christian nous a fait remarquer une parcelle anciennement cultivée, les traces de labour en planche étant visibles.
Elle est maintenant colonisée par des espèces pionnières, notamment de jeunes bouleaux.
Sous ce taillis, nous avons découvert des Orchidées sauvages, Épipactis à larges feuilles (Epipactis helleborine), et leur présence, témoin de la présence des champignons mycorhiziens souterrains dans le sol de cette jeune forêt, nous a réjoui.
Les Orchidées produisent en effet des graines, parmi les plus petites du monde, dépourvues de réserves.
Pour germer, elles dépendent donc des champignons mycorhiziens qui leur apportent la nourriture. Ceux-ci en formant un réseau de filaments reliés aux racines des végétaux puisent dans le sol l’eau et les nutriments qui, autrement, leur seraient inaccessibles . En permettant aux végétaux de s’alimenter plus facilement, ils jouent un rôle essentiel dans leur croissance. Leur rôle comme moteur de la biodiversité végétale est de plus en plus étudié et reconnu.

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Les animaux aussi ont été au rendez-vous de la magie.

Les hannetons se sont révélés être les stars du jour.
Le clou du spectacle a été la découverte de centaines de hannetons installés en grappes dans un peuplier tremble de la vieille haie, volant maladroitement au-dessus de nous et nous frôlant par mégarde, ces coléoptères nous ont surpris à plusieurs reprises. 

Les oiseaux ne sont pas en reste. Christian évoque la grande diversité des chants d’oiseaux.
Pour les reconnaître, il convient d’être attentifs aux sons mais aussi aux rythmes.
Pour Christian, c’est un jeu d’enfants, mais pour nous, il faudra encore quelques heures de pratique !
Parmi les oiseaux entendus, le Rossignol philomèle se distingue par son chant complexe et mélodieux, qui s’entend aussi bien le jour que la nuit. Les chercheurs ont dénombré entre 120 et 260 séquences différentes, chacune durant de 2 à 4 secondes. Le jeune mâle apprend à chanter en écoutant les plus expérimentés, marquant ainsi son territoire.
Mais peut-être celui qui nous a le plus enchanté lors de cet après-midi, au milieu de la quinzaine d’oiseaux écoutés, est l’Hypolaïs polyglotte.
Cet oiseau de taille moyenne et à la poitrine très jaune commence son chant par la répétition d’une note simple avant de se lancer dans des imitations de chants d’autres espèces (merle, moineau, hirondelle…). Il faut l’oreille aiguisée de Christian pour le reconnaître. Les raisons de son mimétisme restent encore un mystère, ajoutant une couche de fascination à cette aventure.

Cette richesse de vie façonne aussi nos cultures.
Nous l’oublions parfois, mais nos manières de manger, de célébrer et même nos traditions sont intimement liées aux plantes et aux animaux qui nous entourent.

Christian nous fait observer une plante, la Flouve odorante (Anthoxanthum odoratum) encore appelée Herbe-aux-bisons. Elle possède une odeur et un goût (mâcher la tige !) de foin. La molécule qui lui donne cette odeur est la couramine qu’on retrouve dans de nombreuses autres plantes dont une autre Herbe-aux-bisons (Hierochloe odorata) utilisée pour la fabrication de la célèbre vodka Żubrówka.

Plus loin, un pied de Sureau noir dont Christian évoque des recettes à base de ses fleurs, le vinaigre et les beignets de fleurs de sureau.
Si vous voulez d’autres recettes, visitez cet excellent blog plantes-sauvages-comestibles. A vos fourneaux !

Toutes ces découvertes, ces explorations, ces observations ont été des moments suspendus.
Une immense gratitude aux habitants des Grands Coudrays et à Christian pour ces instants de dons purs.

Cette publication a un commentaire

  1. Jessica

    Que de belles découvertes qui font se sentir vivant en effet et merci pour le partage de la « recette » (si j’ose dire) du vinaigre aux fleurs de sureau !

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